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Adrien Gygax

Publié le 23 mars 2021

8 juin 2023
Discours d’ouverture - Festival de la Cité
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Chères amies et chers amis du Festival de la Cité, chers partenaires, chers artistes, 
Ce n’est pas tant un discours d’ouverture qu’un discours de continuité dont j’ai la responsabilité aujourd’hui. Depuis plusieurs semaines maintenant, vous tous qui participez à notre festival avez reçu votre part du spectacle. Le festival a donc déjà commencé, chez vous, derrière vos fenêtres, dans vos jardins et, bien sûr, sur notre plateforme participative. 

Mais le meilleur est encore à venir. Avant de vous donner la marche à suivre pour les prochaines semaines, et de vous dévoiler quelques uns de nos secrets, je voudrais vous redire combien nous sommes fiers de vous proposer ce spectacle vivant. Oui, j’ai bien dit vivant ! C’est la mission de notre festival depuis sa création : donner vie à notre ville. 

Vous le savez, ces dernières années ont été particulières pour tout le monde. Pour nous également, qui avons été contraints de repenser notre mission. Forcés par la pandémie et la crise économique à nous réinventer, à faire avec moins de public, moins de rencontres, à donner à voir de nouveaux spectacles, à proposer de nouvelles formes d’expression, nous avons fini par voir l’évidence : le spectacle vivant n’est pas mort, au contraire. Cette conviction que nous aimerions vous transmettre est le fruit d’une réflexion finalement assez simple : qu’est-ce qui se donne en spectacle, qui est vivant, et qui peut se produire sans scène, ni vaccin, ni vol en avion, ni cachet ? Quel est le plus vivant des spectacles ? La réponse semble aller de soi. 

Avant d’y venir, je tiens à remercier toutes celles et ceux qui se sont inscrits. Vous êtes à la fois les artistes et le public de notre festival. C’est grâce à vous que nous allons, comme nous nous efforçons de le faire depuis 55 ans, faire redécouvrir leur ville aux lausannoises et lausannois. C’est sur vous que reposent dorénavant nos ambitions artistiques. 

Alors, quel est le plus vivant des spectacles ? Beaucoup d’entre vous connaissent déjà la réponse. Cette année encore, les inscriptions - gratuites, nous y tenons - se sont faites en quelques dizaines de minutes seulement. Trente mille « places » attribuées ! Si vous n’êtes pas inscrit directement, vous avez forcément un proche qui vous a parlé de sa « touche ». Cette « touche » qui est la source de spéculations et d’hypothèses depuis quelques mois maintenant. Cette « touche », qu’un lausannois sur cinq s’apprête à apporter à notre ville. Cette « touche » qui est la promesse d’un été vivant, coloré, pétillant, fleuri. 
Voilà donc ce dont il s’agit : de fleurs. Ou plutôt : de nature. Fleurs mais aussi feuilles, lianes, racines, rhizomes, bulbes, tiges, herbes, écorces, mousses. Chaque personne inscrite a reçu ces derniers mois ou semaines sa « touche » : un colis. Chaque colis comportait une graine, une racine, un bulbe, une herbe, un semis, un plant, une plante, ou plusieurs, et un petit pot de terre avec des instructions. Rosiers, passiflores, jasmins, clématites, vignes, capucines, zinnias, delphiniums, phacélies, gloxinias, une centaine d’espèces vous ont été confiées. 

Chaque jour, nous avons suivi vos exploits sur notre plateforme participative dédiée. Au début, nous avons vu votre gêne, votre étonnement. Ensuite, vous avez fait preuve de curiosité, certains se sont mis à construire de petites serres, d’autres ont abandonné. Puis vous avez fait preuve d’intérêt, franchement, avez échangé, vous êtes rencontrés, en petits groupes, avez questionné, partagé. Et maintenant nous entendons votre impatience, certains ne savent plus que faire de leur « touche » qui prend tout le balcon ou tout le salon. 

Merci d’avoir tenu le coup ! Merci pour votre curiosité ! Vous nous avez donné beaucoup de plaisir et de fierté. Mieux, même : il nous semble que vous renouez avec l’énergie si particulière de notre festival, avec les émotions d’avant la pandémie et ce-que-l-on-sait : la curiosité, la découverte, l’échange, la sensualité. 
Ce soir, j’ai le plaisir d’annoncer l’ouverture officielle du festival. Autrement dit : l’heure de l’éclosion a sonné. Vous allez tous recevoir un message via la plateforme vous indiquant la date et l’emplacement auquel vous devez implanter votre « touche ». 

Vous allez le voir, nous nous sommes tout à fait affranchis des limites sociales, spatiales et esthétiques. Certains d’entre vous seront amenés à déposer leurs « touches » dès demain, et d’autres dans un mois. Cette programmation par étapes a moins à voir avec les limitations des contacts sociaux qu’avec une ambition artistique un peu folle : offrir à Lausanne une nouvelle éclosion chaque jour durant 2 mois. 

Cela devrait commencer dès la semaine prochaine avec la mise en place des premières « touches » le long du Sentier des Colombes qui sera ainsi transformé en tapis de fleurs. Puis viendront les chauderons de lianes jaunes et vertes qui descenderont sous le pont Bessière. Et le dome végétalisé de la Riponne. Puis la couverture en céréales de la cathédrale, les lianes de haricots et de capucines. Les quais d’Ouchy seront ensuite recouverts d’une mousse aux relfets arc-en-ciel. Et le lac verra, en six jour seulement, fleurir plusieurs milliers de nénuphars géants, Victoria Amazonica, comme autant de petites plateformes flottantes, radeaux verts et bruns sur lesquels danseront grenouilles et oisillons. Entre ces nénuphars glisseront les bateaux de la CGN transformés en immenses bacs à fleurs aux mâts en lierre et en lianes. Chaque pont qui surplombe l’autoroute sera couvert d’edelweiss et d’aromatiques. La gare verra ses quais déborder de fleurs, de feuilles, de branchages et de palmiers. Nos métros et nos bus seront remplis de bourgeons, de bouquets, et couverts d’une mousse soyeuse. Puis fleurira l’arum titan au sommet de la tour bel-air, plus grande fleur au monde, de trois mètres de haut et soixante kilos. Les piscines de la ville troqueront leur eau chlorée pour des buissons de plantes aquatiques, anubias, étoiles de mer, feuilles de perroquet, fougères. Et le CHUV verra ses murs et ses fenêtres se couvrir de vigne, de mousse, et fleurir des milliers de petites clochettes jaunes, rouges et violettes. Les bâtiments administratifs de notre ville seront couverts de lavande, de romarin et de ruches dont nous récolterons le miel. Les épiphyllum fleuriront le temps d’une nuit, illuminant le Petit-Chêne. Et le flon débordera de tournesols et de bougainvilliers ! Et Malley sera transformé en pyramide de coquelicots ! Et chaque lampadaire coiffé d’un zamioculcas ! Et l’Université pleine de courges et de bananes ! Et Philip Morris couvert de ciguë ! Et toutes nos ruelles et allées pleines d’odeurs florales, de chants d’oiseaux, de balcons fleuris, de trottoirs luxuriants. 

Et pour que la fête soit totale, chaque habitant va recevoir ces prochains jours un sachet de graines. Semons ! Telle est la devise de notre festival. Semons ! Entre les pavés et les dalles de béton, le goudron et le bitume, chaque poingée de terre sera mise à contribution. 

Peut-être a-t-on trop longtemps regardé les spectacles le visage incliné vers le ciel, les bras en l’air, happés. Cette année nous vous invitons à voir le spectacle le yeux tournés vers le sol, les mains dans la terre. Notre spectacle est vivant et il l’est de notre fait à toutes et tous : nous allons mettre de la vie partout et nous tenir à sa hauteur. 

Voila la réponse que nous voulons apporter à la question : qu’est-ce qui est vivant et se donne en spectacle ? La nature. C’est elle notre artiste, elle notre inspiration. Redonnons- lui droit de Cité. 

Merci à toutes et tous pour votre participation et votre enthousiasme. Je n’ai qu’un dernier mot à dire : semons ! 



Myriam Kridi, Directrice du Festival de la Cité